Vidéo, audio ou écrit : quel média pour quel apprentissage ?

Lire, écouter ou regarder : qu'est-ce qui est le plus efficace pour apprendre ?

Livre, podcast, vidéo : la recherche les a comparés des centaines de fois. Sa réponse est plus utile qu'un classement : elle dit quel média sert quel apprentissage, et pour qui.

Chaque nouveau média devait remplacer l'école

En 1913, Thomas Edison annonce : « Grâce au cinéma, les livres seront bientôt obsolètes dans les écoles. »

Un siècle plus tard, en 2013, la France lance sa première plateforme de MOOC, ces cours en ligne gratuits ouverts à des milliers d'inscrits. La ministre de l'Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, déclare : « À travers le projet France Université Numérique, première plateforme française de MOOC, c'est l'université de demain qui se dessine. »

Dix ans plus tard, en 2023, le fondateur de Khan Academy, Sal Khan, promet de « donner à chaque élève de la planète un tuteur personnel doté d'intelligence artificielle ». Et en 2033 ?

Pour savoir quel média fait vraiment apprendre, nous nous sommes appuyés sur des méta-analyses, qui compilent les résultats de dizaines d'expériences pour dégager une tendance fiable.

Pour comprendre, tout se vaut (presque). Pour raisonner, pas tout à fait.

Premier constat : pour comprendre et restituer ce qui est dit, lire ou écouter un même texte donne le même résultat (étude États-Unis 2022). Dès qu'il faut synthétiser, la lecture prend un léger avantage. Pour interpréter et raisonner, c'est-à-dire tirer des conclusions qui ne sont pas écrites noir sur blanc, son avance devient nette.

La vidéo semble faire jeu égal avec la lecture, y compris pour raisonner, si l'on peut la mettre en pause et revenir en arrière (étude Italie 2021). Mais les études restent rares, et parfois contradictoires.

La vidéo est-elle un bon vecteur pédagogique ? Tout dépend de sa place. Seule, à la place d'un cours, elle n'apporte qu'un léger mieux. Ajoutée au cours, son effet est près de trois fois plus fort, surtout pour un savoir-faire (étude Australie 2021). Nuance : plus de 80 % des études portaient sur la santé, riche en faits et en procédures (étude Australie 2024).

Le média compte donc moins que la place qu'on lui donne au sein d'un parcours pédagogique.

Deux tableaux notés en points : lire, écouter ou regarder un même contenu selon le niveau de compréhension, puis effet d'un cours sans vidéo, d'une vidéo seule et d'un cours avec vidéo sur les connaissances et le savoir-faire

Pour apprendre un geste, la vidéo change tout

Pour un geste ou une procédure, comme monter une pièce ou réaliser un soin, l'image animée l'emporte largement. Appris avec une vidéo ou une animation, un geste place l'apprenant moyen devant 86 % de ceux qui l'ont appris sur des images fixes (étude Allemagne 2007). Pour un récit simple, écouter vaut lire : le livre audio n'a pas à rougir face au livre papier.

Chaque média a ses limites. La durée regardée d'une vidéo de cours plafonne autour de six minutes, quelle que soit sa longueur (étude États-Unis 2014). L'écoute est la situation où l'esprit vagabonde le plus (étude Canada 2013), mais c'est le seul média disponible en conduisant.

Pour retrouver un passage, l'écrit garde l'avantage : on feuillette le papier, on cherche un mot à l'écran. Un audio ou une vidéo indexés, découpés en chapitres et interrogeables, offrent la même facilité, même si les études ne l'ont pas encore mesurée.

En résumé : le geste se regarde, le raisonnement se lit, le récit s'écoute.

Radar comparant lire, écouter et regarder sur cinq axes : geste ou procédure, raisonnement, récit simple, retrouver un passage et situation de conduite

À distance, les plus fragiles décrochent les premiers

Le profil de l'apprenant pèse autant que le contenu. Trois personas se dégagent.

  • L'apprenant en difficulté, en reprise d'études par exemple. Le même cours suivi en ligne plutôt qu'en salle donne de moins bonnes notes et plus d'abandons, surtout chez les moins préparés (étude États-Unis 2017). Mais un cours magistral fait aussi échouer nettement plus qu'un cours en pédagogie active, où l'on fait participer la salle (étude États-Unis 2014). Recommandation : du présentiel actif.

  • Le débutant, un salarié qui découvre un nouvel outil par exemple. Il profite d'une explication guidée, associant image et voix (étude Australie 2003). Recommandation : de l'hybride, qui obtient en moyenne les meilleurs résultats, en partie grâce au temps de formation ajouté (ministère américain de l'Éducation, 2010).

  • L'expert autonome, un professionnel qui se met à jour par exemple. Les explications guidées lui deviennent superflues (étude Australie 2003). Recommandation : du distanciel, à son rythme.

La version extrême du distanciel montre la limite : à peine 3% des inscrits vont au bout d'un MOOC (étude États-Unis 2019).

L'âge, lui, ne fait pas le profil. Les « digital natives » ne comprennent pas mieux un texte sur écran : l'avantage du papier se retrouve à tous les âges et s'est même accentué entre 2000 et 2017 (étude Espagne 2018).

On peut être débutant à 50 ans et expert à 25.

Grille croisant l'autonomie de l'apprenant et la modalité présentiel, hybride ou distanciel, avec trois personas et leur recommandation, une zone favorable en diagonale et une zone de décrochage

Apprendre, c'est avancer à son rythme, quitte à revenir en arrière

Un fil relie ces résultats : la maîtrise du rythme. Quand le contenu impose sa cadence (cours magistral, podcast, vidéo qui défile), on suit ou on décroche. Quand l'apprenant peut faire pause, revenir et retrouver le passage utile, il apprend mieux (étude États-Unis 2022 ; étude Chine 2016).

C'est ce qui donne l'avantage à l'écrit : on y circule librement. Les tutoriels vidéo s'utilisent de la même façon : on y revient chercher l'étape dont on a besoin (étude États-Unis 2014).

Et si le bon média était surtout celui dans lequel on peut naviguer ?

Deux schémas : un rythme imposé où les contenus défilent sur un tapis roulant, et un rythme libre où l'apprenant fait pause, revient à une étape et en retrouve une autre

Trois questions avant de choisir un média

Il n'existe donc pas de média roi, mais trois questions à se poser avant de concevoir une formation.

  • Qu'apprend-on ? Un geste, un raisonnement, un récit.

  • Qui apprend ? L'apprenant en difficulté, le débutant ou l'expert autonome

  • Peut-on naviguer dans le contenu ? S'arrêter, revenir, retrouver le passage utile.

Edison s'était trompé de question. Le bon média n'est pas celui qui remplace les autres, mais celui qui sert le mieux le contenu et l'apprenant.

Sources

Citations & Etudes

  • Thomas Edison, entretien au New York Dramatic Mirror, 9 juillet 1913 : vérification de la citation

  • Lancement de France Université Numérique, 2 octobre 2013 : article de presse

  • Sal Khan, conférence TED, avril 2023 : vidéo de la conférence

  • Étude États-Unis 2022, Review of Educational Research : compréhension en lecture et à l’écoute. Lien

  • Étude Italie 2021, Computers & Education : apprendre d’un texte, d’une vidéo ou d’une vidéo sous-titrée. Lien

  • Étude Allemagne 2007, Learning and Instruction : animations contre images fixes. Lien

  • Étude États-Unis 2014, Learning at Scale : durée de visionnage des vidéos de cours en ligne. Lien

  • Étude Canada 2013, Frontiers in Psychology : vagabondage de l’esprit en lecture et à l’écoute. Lien

  • Étude Espagne 2018, Educational Research Review : lecture sur papier et sur écran. Lien

  • Étude Chine 2016, Advances in Psychological Science : explication orale ou écrite selon le rythme. Lien

  • Étude Australie 2021, Review of Educational Research : effets de la vidéo dans l’enseignement supérieur. Lien

  • Étude Australie 2024, Education Sciences : réanalyse de la précédente. Lien

  • Étude États-Unis 2017, American Economic Review : cours en ligne contre cours en salle. Lien

  • Étude États-Unis 2014, PNAS : pédagogie active contre cours magistral. Lien

  • Rapport du ministère américain de l’Éducation, 2010 : apprentissage en ligne et hybride. Lien

  • Étude États-Unis 2019, Science : taux de réussite des MOOC. Lien

  • Étude Australie 2003, Educational Psychologist : ce qui aide les débutants peut gêner les experts. Lien

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