Reste à charge CPF à 350 € ; la formation change de financeur

Au printemps 2024, en France, utiliser son compte personnel de formation ne coûtait rien au salarié. Depuis, un reste à charge a été instauré, puis relevé. Selon Les Échos, le projet de budget 2027 prévoit de le porter à 350€.

De 0 à 350 € en moins de trois ans

La participation payée par le salarié pour chaque formation CPF. Montant 2027 (projet).

Ce reste à charge, c'est la participation forfaitaire que le salarié paie de sa poche à chaque achat d'une formation avec son CPF : 100€ en mai 2024, 150e depuis avril 2026.

Les 350€ ne sont pas votés mais le projet de loi de finances devrait être présenté début octobre, pour une application au plus tôt en janvier 2027.

Les demandeurs d'emploi, bilans de compétences, VAE, transitions professionnelles et formations vers les métiers en tension ou les secteurs stratégiques en seraient exonérés. Pour les autres achats, un questionnaire évaluerait la maturité du projet pédagogique, sans pouvoir le bloquer.

Pourquoi l'État resserre le dispositif

Le CPF a connu un succès rapide, 2,1 millions de dossiers en 2021, mais aussi des abus : démarchage téléphonique, formations fictives, comptes vidés. Une loi de décembre 2022 a interdit le démarchage des titulaires, et un réseau démantelé en 2025 représentait encore plus de 15 M€ de préjudice.

France Compétences, qui finance le système, a de son côté accumulé des déficits de 4,6 Md€ dès 2020. Le gouvernement français présente la participation forfaitaire comme un moyen de responsabiliser les titulaires.
Le Premier effet mesuré par la Caisse des Dépôts : les salariés regroupent leurs achats sur des formations plus longues, de 12 heures en moyenne.

Des droits CPF qui couvrent de moins en moins la formation

Selon la Dares, entre 2024 et 2025 :

Les formations financées (même partiellement) par le CPF : - 11%,
Celles entièrement financées avec les droits du salarié passent de 61 % à 35 %.

Depuis février 2026, des plafonds s'appliquent : 1 500€ pour une certification du répertoire spécifique comme le TOEIC ou le TOSA, 1 600€ pour un bilan de compétences, dont le coût moyen était de 1 930€ en 2025. Les titres RNCP (c'est-à-dire les diplômes et titres professionnels reconnus par l'État allant du BTS au master) ne sont pas concernés.

Les entreprises, premier financeur de la formation

En 2024, les entreprises ont dépensé 16,4 Md€ pour former directement leurs salariés (rémunération pendant la formation comprise), et 12,4 Md€ via leur OPCO, en grande partie pour l'apprentissage. Soit un peu plus de la moitié de la dépense nationale de formation.

Ces 2 montants restent stables alors que l'enveloppe du CPF (1,36 Md€ en 2026) a reculé de près d'un tiers en un an.

Pour un organisme de formation, trois dispositifs permettent de s'appuyer sur ces financeurs, ou sur les priorités que l'État continue de soutenir :

  • L'abondement employeur : Lorsque l'employeur complète le CPF d'un salarié, la participation forfaitaire n'est pas due. C'est le cofinancement que l'État dit vouloir développer. Exemple : un titre professionnel à 3000€, 2000€ de droits, 1000€ apportés par l'employeur, aucune participation pour le salarié. L'organisme de formation ne peut pas, en revanche, prendre cette participation à sa charge.

  • La période de reconversion : En vigueur depuis 2026 et financée par les OPCO, elle remplace la Pro-A et les Transitions collectives. Elle permet par exemple à un préparateur de commandes de devenir technicien de maintenance dans son entreprise.

  • Les formations soutenues : celles que l'État continue de soutenir. Les titres RNCP échappent aux plafonds de 2026, et le projet pour 2027 exonérerait de la hausse les formations vers les métiers en tension et les secteurs stratégiques.

Vendre une formation qui produira encore ses effets dans 3 mois

De plus en plus, une entreprise n'achète pas une journée de formation. Elle achète le fait que ses salariés sachent faire, durablement, ce qu'ils ne savaient pas faire avant.

Prenons une assistante formée aux tableaux croisés dynamiques. Trois semaines plus tard, elle prépare le reporting mensuel et ne se souvient plus comment regrouper les dates par mois. Si elle retrouve en quelques secondes le moment exact où le formateur faisait la manipulation à l'écran, la formation continue de produire ses effets bien après la dernière session.

À noter : Qualiopi reste obligatoire dès qu'un OPCO finance, et le nouveau référentiel s'applique au 1er novembre 2026. Nous l'avons décrypté ici.

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